Le bagne

Prison


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La prison

A la demande de la Justice, un avoué de Morlaix effectue le bilan financier de la famille Seznec. Sans faire de cadeau, le solde est positif : 140 000 Francs.
Malgré cela, la justice ordonne la vente forcée des biens. C'est la braderie. Pour Marie-Jeanne Seznec et ses enfants, c'est la pauvreté. Elle est à la rue, rejetée par tous, obligée d'accepter les emplois les plus précaires; les enfants sont placés.

Malgré cela, elle reste tout aussi combattante et harcèle la Justice pour obtenir la révision du procès.
Janvier 1925. Guillaume Seznec est transféré sur l'île de Ré, au pénitencier de Saint-Martin-de-Ré. C'est de là que partent deux fois par an les bagnards. Les conditions de vie sont épouvantables.

Marie-Jeanne et Guillaume s'écrivent très souvent. De nombreuses lettres sont censurées, non transmises par l'administration pénitencière.

La date de départ pour la Guyane est fixée au 7 avril 1927. Ils ne se reverront jamais ...


La Guyane

Le voyage s'effectue sur le La Martinière. Pour atteindre Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane il faut trois semaines. 600 prisonniers s'entassent à fond de cale dans des cages. L'odeur, la promiscuité, le racket, les coups, ... la galère en plein XXe siècle.

Carte de Guyane
Puis c'est l'arrivée à Saint-Laurent, sur le fleuve Maroni, en pleine forêt amazonienne. De nombreuses maladies tropicales y sévissent, comme le paludisme, la lèpre ...

Les nouveaux arrivants pénètrent dans le Camp de la Déportation. Le Directeur du bagne les accueille et leur annonce le règlement. Si besoin est, le Tribunal Maritime Spécial peut les condamner à une réclusion dans la solitude et l'obscurité qui peut atteindre 5 années. Ce peut être aussi la peine capitale, où le bourreau est un forçat volontaire.

Guillaume Seznec est porteur du matricule 49 302.

Il est d'abord chargé de récurer un fossé boueux, puis de tronçonner du bois.

Les conditions de vie sont éprouvantes :

Guillaume Seznec tente-t-il de s'évader ? Le 26 novembre 1928, il comparait devant le Tribunal Maritime Spécial qui le condamne au bagne du bagne, les Iles du Salut, trois îlots minuscules au large de Kourou. De ces îles on ne s'évade pas : les vagues déchaînées et les requins sont d'excellents gardiens et fossoyeurs.

Guillaume Seznec est tout d'abord envoyé dans la plus grande (1 Km de long) île : Royale.

Là, il prépare secrètement son évasion. Fortuitement, ses préparatifs sont découverts. Il comparait de nouveau devant le Tribunal Maritime Spécial. Malgré son comportement reconnu comme exemplaire, Guillaume Seznec est condamné à cinq années de réclusion dans l'île Saint-Joseph : enfermé en permanence dans une cellule de fer de 6 m2, dans la quasi obscurité, surveillé d'au dessus par des gardiens. Le silence absolu est exigé. La seule sortie a lieu une fois par mois : le condamné doit passer la tête à travers un guichet pour qu'elle soit rasée. A ce régime, on sort de là mort ou fou, au mieux brisé.

L'état de santé de Guillaume Seznec est catastrophique. Le médecin du bagne plaide en sa faveur. Il obtient, après six mois de ce régime atroce, la levée de la punition. Le jour de sa libération, on lui apprend la mort de Marie-Jeanne (mai 1931). Il retourne à l'île Royale.

Les années passent.

En 1938, une loi est votée. Elle prévoit à terme la suppression du bagne.
On apprend ensuite à Guillaume Seznec que sa peine vient d'être commuée en vingt ans de bagne. Seule petite nuance : les vingt ans commencent en 1938 ! Il aura 80 ans à sa sortie !

Sous le gouvernement de Vichy, les conditions de vie au bagne sont pires que tout. En 1943, l'arrivée des américains et d'une administration Gaulliste ramène des conditions meilleures.

En 1946, Guillaume Seznec fait l'objet d'une remise de peine supplémentaire de dix années. La sortie de l'enfer est prévue pour le 14 mai 1947.

Le 13 juin, Guillaume Seznec embarque pour la Martinique, puis, sur le Colombie, pour Le Havre.


La chanson

Sept avril, quittant Saint-Martin,
Six cents nous sommes embarqués sur La Martinière,
Fers et cages pour fauves humains,
Dans trois semaines c'est la Guyane et c'est l'oubli.
Pour bonjour, Prével nous a dit :
- C'est pas l'enfer mais c'est déjà le purgatoire,
Que morts vous ne sortirez d'ici,
Que morts ou pire, pour les îles du Salut.
Les Chaouchs de nous mettre nus,
Zébrés de rouge et blanc zébrés et fers et flammes,
Flammes et fers, ici tu n'es plus,
Pauvre Guillaume, que 49 302.
Oiseau des Caraïbes bleu,
Va dire à mes enfants ma mère et Marie-Jeanne,
Va t'en dire : ma foi est en eux,
Justice veux, ne veux ni grâce ni pardon.
- J'ai nouvelle sur un nuage blanc :
Guillaume, un juge un écrivain les Bretons lèvent;
- J'ai nouvelle sur un nuage gris :
A la Royale on te condamne pour dix ans.
- J'ai nouvelle sur un nuage sang :
Que l'on te jette à Saint-Joseph, bagne du bagne;
- J'ai nouvelle sur un nuage noir :
Ta mère ta fille et Marie-Jeanne n'ont plus vie.


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Notes

Saint-Martin
Saint-Martin-de-Ré, principale ville de l'île de Ré. C'est de son pénitencier qu'embarquent les bagnards pour la Guyane. Guillaume Seznec quitte la métropole le 7 avril 1927.
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La Martinière
Véritable bateau-cage dans lequel s'entassent 600 hommes à fond de cale, dans des cages.
Il effectue deux fois par an la traversée de l'atlantique.
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Trois semaines
Le voyage dans lequel Guillaume Seznec prend place dure 3 semaines en raison d'un détour par Alger pour y embarquer un contingent de condamnés.
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Prével
Le colonel Prével est le directeur du bagne. Dès l'arrivée, il explique le règlement draconien qui sévit.
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îles du Salut
Trois petites îles au large de Kourou, elles étaient autrefois appelées îles du Diable. Elles forment le bagne du bagne.
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Chaouchs
C'est ainsi que sont désignés les gardiens, des militaires, véritables mercenaires et souvent grand consommateurs d'alcool. Durs en matière de discipline, ils se livrent aussi à du commerce avec les bagnards.
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49 302
Le numéro matricule attribué à Guillaume Seznec.
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Oiseau
Dans la poésie populaire de toutes les nations celtiques (et même dans d'autres pays), les oiseaux servent de messagers. C'était le cas dans le Retour d'Angleterre (An distro euz a Vro-zaoz), ce l'est encore ici, mais avec un peu plus d'exotisme.
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Marie-Jeanne
L'épouse de Guillaume Seznec. Malgré la distance, ils s'aiment d'un amour que rien ne peut atténuer.
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ni grâce ni pardon
Guillaume Seznec, et aussi toute sa famille qui se bat à ses côtés, ne demande tout au long de sa vie que la simple reconnaissance de la vérité. Il ne demande aucune grâce, aucun pardon.
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un juge un écrivain
Le juge, c'est le juge Hervé. Il est au coeur de la thèse qui veut que Pierre Quemeneur ait été assassiné dans son manoir de Traou-Nez.
Plusieurs écrivains ou journalistes prennent la défense de Guillaume Seznec après sa condamnation. La Ligue des Droits de l'Homme de Riec-sur-Belon oeuvre aussi pour qu'on reconnaisse son innocence.
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la Royale
Une des îles du Salut, au large de Kourou. Guillaume Seznec est accusé de tentative d'évasion. Peut-être veut-on mieux aussi se protéger de lui ! Il est condamné à résider sur cet îlot rocheux en 1928. On ne s'en évade pas.
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Saint-Joseph
Une autre des îles du Salut, au large de Kourou, la pire. Guillaume Seznec est dénoncé par un autre bagnard et accusé de vol et de tentative d'évasion. Seule la tentative d'évasion est reconnue. Il est condamné à cinq ans de réclusion permanente dans une prison-cage obscure. En raison de son état de santé déplorable et grâce à l'intervention du médecin du bagne, il n'y passe que six mois.
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n'ont plus vie
Trois femmes qui en France se battent pour obtenir la libération de Guillaume Seznec, meurent tour à tour :
Marie, sa fille aînée, est carmélite à Jersey. Atteinte de tuberculose aggravée par les privations de la vie monacale, elle meurt dans un hôpital parisien le 2 août 1930. Elle a 21 ans.
Marie-jeanne, son épouse de Guillaume Seznec, décède dans un hôpital parisien le 14 mai 1931.
Sa mère Marie Anne, meurt en 1935, à l'âge de 85 ans.
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Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 12 mars 1998