LANNION - PLOUMILLAU
(LANNUON - PLOUILLO)



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La Croix de mi-Lieue

Présentation

C'est à Saint-Michel-en-Grève que, d'après la légende, les Sept Saints fondateurs de Bretagne accostèrent.

Pour matérialiser ce lieu, s'élève en plein milieu de la grande plage une croix monolithe plantée dans le sable. La mer la recouvre à chaque marée. On l'appelle la Croix de la Lieue de Grève (Croaz al Lew-drez). Jadis, les pélerins qui faisaient leur Tro Breiz devaient traverser la baie. Lorsque la croix est découverte, tout danger est écarté, mais les pélerins ne doivent pour autant ménager leur allure : la croix nous voit, avait-on coutume de dire.

La légende dit aussi que la croix s'enfonce tous les cent ans de la longueur d'un grain de froment. Quand elle aura complètement disparu dans le sable, ce sera la fin du monde.

Durant la dernière guerre, la croix a été abattue, sans qu'on sache comment. Aujourd'hui, elle s'élève de nouveau.

La marée qui monte au galop d'un cheval n'était pas le seul danger pour les pélerins : des bandits les guettaient pour les détrousser. La bande la plus célèbre était menée par une Marion du Faouët locale : Marc'haït Charlès, dite La Charlézenn, qui sifflait comme un homme pour rameuter ses tueurs.

Fou de bassan Tout à côté, dans le Grand Rocher de Saint-Efflam, résiderait Gwenc'hlan, le dernier barde, qui de là-haut aurait appelé à l'aide le cheval de mer Morvac'h (celui de la légende de la ville d'Ys) pour le venger des tortures infligées par un prince étranger (La prophétie de Gwenc'hlan, Barzaz-Breiz).
C'est là aussi que le Roi Arthur ferailla avec succès contre un dragon effrayant.

Cette contrée aux confins du Trégor poétique et du Léon ravagé par les vents, où l'on ne chante guère, est évoquée par un chant (sône) recueilli par François-Marie Luzel au cours de ses collectes. Il a été publié dans son ouvrage Soniou Breiz-Izel (Chansons populaires de Basse Bretagne) en 1890.

Ce chant est présenté dans sa version bretonnante telle qu'interprétée par Denez Prigent dans son album "Ar gouriz koar" (La ceinture de cire, 1993), et aussi dans la version française de Luzel.



La chanson

Ywan Gamus

Iwan Gamus a Blouvino
Ar glac'haretan mab' zo er vro.

Yves Camus

Yves Camus chantait gaiement,
(En allant) chercher ses chevaux, un dimanche matin :

Ar greiz ha c'hwitellad
'Zae da gas e saout d'ar prad

A greiz c'hwitellad ha kano
Komansas e fri diwedo

Ajean 'reas war ur men gwen
Da c'hortoz e c'hoar Vari da dremen

E c'hoar vihanañ añvet Mari
'Oa aet d'an oferen beure

"Ma c'hoar Vari din a laret
Peseurt neventiou 'peus klevet ?"

"Neventioù walc'h m'eus klevet
Da lakaad ho kalon baour glac'haret

Neventioù walc'h zo er vro
Ho muiañ karet a zo marv"

Klever an dud, ar velein
Da gas e dous za Sant Jelven

Iwan Gamus ya pa glevas
Za Sant Jelven mont a reas

E Sant Jelven pan erruas
E korn he bez e taoulinas

E korn he bez e taoulinas
Razig e galon e ouelas

"Ma eo marv ma muiañ karet
Gwele ma c'habined a riet

Ma n'eo ket graet, o, graet an aes
Kar birviken ne din er maez

Ne din ket ken er maez en hañv
Nemed ur wech da lianañ

Nemed ur wech da liano
Hag ur wech all da intero

Ni 'vo laket en ur beziad
Pa n'omp ket bet n'ur gwelead

Ni 'vo eurejet gant Doue
Pa n'omp ket bet gant ar c'hure."
Yves Camus, de Ploumillau,
Le plus beau jeune gars qu'il y ait au pays.

Et quand il a trouvé ses chevaux,
Sur le gazon, il s'est assis;

Sur le gazon, quand il s'est assis,
Son nez à saigner s'est mis.

- Qu'est-ce qui me survient de nouveau,
Que mon nez saigne si matin;

Que mon nez saigne de si bonne heure ?
Il n'est pas coutumier de le faire.

Lui, d'appuyer sa tête à un chêne,
De se mettre à songer, à méditer;

De se mettre à songer, à méditer,
En attendant les gens de la messe de passer.

- Ma soeur, fille de la messe du matin,
Qu'avez-vous entendu de nouveau ?

- Assez de nouveauté j'ai entendu,
Puisqu'elle est morte, celle que vous aimez ...

Yves Camus, quand il entendit,
Trois fois à terre tomba.

Trois fois à terre il est tombé,
Sa pauvre soeur l'a relevé :

- Taisez-vous, mon frère, ne pleurez pas !
Taisez-vous, mon frère, consolez-vous !

Assez de filles sont au pays,
Vous êtes jeune et en trouverez;

Vous êtes jeune et en trouverez,
Et les vieux s'en passeront.

- Y eût-il autant de filles au pays,
Qu'il y a de grains de sable dans la mer,

Je n'aurai aucune d'entre elles,
Puisqu'il est vrai que mon amour est morte;

Jamais mariage ne sera sur ma tête,
Puisqu'elle est morte Marie Penduenn.



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Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 28 mars 2000.