Première journée de cueillette aux abords de la colonie Otni'el

Dès 8h40, nous sommes partis pour le sud de Hébron en car. Une petite troupe d’hommes nous attendaient avec une échelle et des sacs et nous voila crapahutant dans les collines au pied d'une colonie.
Nous marchons le long d’un ruisseau mais l’eau est entre blanche et grise : ce sont les égouts à ciel ouvert de la colonie qui envoient tout vers le bas.
Nous montons et cueillons et montons encore et cueillons et montons … jusqu'à être près de la colonie et - une demie-heure s’est écoulée - c’est là qu’arrivent on ne sait d'où, des militaires bardés de vingt kilos de matériel, des jeeps, un colon aux yeux bleus, un autre colon qui photographie, et tout d’un coup, ils nous en attrapent une de chez nous ( je résume) puis un autre , en tout deux Français et deux Palestiniens. Nous sommes prétendument dans une zone militaire, le soldat a une photocopie à l'appui, et nous devons déguerpir fissa! Ce que nous commençons par refuser mais ils ont des arguments de poids … Pendant ce temps, à la grande surprise des deux Français arrêtés, c’est probablement le responsable de la colonie qui vient tempérer l’ardeur des soldats contrairement à leurs habitudes! Quant à eux, les soldats se montrent beaucoup plus intimidants : confiscation des passeports, isolement manu militari, photos, coups de fils avec passeports en main décrivant les identités et menaces à peine déguisées “don’t do these stupidities again!”)
Au bout de trente minutes, ils les relâchent et nous continuons notre chemin et notre cueillette dans un autre endroit sans problème.
Mais nous constatons que toutes les olives dans une première parcelle et beaucoup dans une seconde ont été volées, sans doute par les colons. Les agriculteurs insistent pour nous offrir le repas et nous pique-niquons sous un olivier. Vers 14h, la journée se termine, nous rentrons.
Ce matin, nous prenons la direction de Deir Samit, pour rejoindre des paysans dont une partie des terres se situe de l’autre côté du mur , reconnu comme illégal par la Cour de justice internationale.
Il prend ici la forme d’une clôture de sécurité composée de plusieurs rangées de fils de fer barbelés électrifiés et de multiples détecteurs. De ce fait, ces terres ne sont accessibles qu’en fonction du bon vouloir des autorités militaires israéliennes.

Nous constatons que seulement trois personnes âgées se sont vues délivrer une autorisation de passage.
De notre côté, nous attendons plusieurs heures la venue d’une patrouille qui nous permettrait de les rejoindre. Quelques véhicules passent sans s'arrêter…puis un tracteur muni d’une herse passe le long de la clôture pour tracer des sillons frais : cela permet de repérer des traces de pneus, de pas, et ainsi contrôler toute intrusion.
Au bout de quelques heures, on apprend par téléphone que les soldats refusent de nous ouvrir la barrière sous prétexte qu’hier les Français étaient venus perturber la colonie d’Otni'el…
En accord avec la Coordination d’agriculteurs palestiniens, nous prenons le chemin du retour. La cueillette quotidienne peut se solder par des frustrations…
Un journaliste palestinien qui travaille pour France 2 et l’AFP est venu nous filmer et nous interviewer. A vos magnétoscopes !
Petit rappel pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une colonie. Par exemple celle d’hier : la Palestine est constituée ici d’innombrables collines. Sur ces collines il y a des oliviers. Un jour les Israéliens décident que le coin est bon pour surveiller ou habiter … ils confisquent donc le haut de la colline, y installent des caravanes, puis des maisons, puis d’autres maisons, des piscines … ils s’agrandissent en confisquant et nomment tout cela “ zone militaire”. Autour de la zone militaire, il y a encore des oliviers évidemment mais les Israéliens refusent que les agriculteurs s’en occupent dans la zone militaire de "protection et c’est là que nous étions hier. Il faut aussi savoir que si les agriculteurs palestiniens ne s’occupent pas de leur terre pendant trois ans, elle est considérée comme abandonnée : elle est alors expropriable et tombe dans l'escarcelle des colons Israéliens : la colonie peut alors peu à peu s'étendre.
Maintenant nous sommes en tout vingt-cinq : des Suisses aussi sont là ...
La pluie qui est tombée toute la nuit ne permet pas d’aller faire une cueillette d’olives et on nous propose un programme alternatif : une conférence et un échange avec l’Union des Comites du Travail Agricole (UAWC), suivis d’un exposé d’Abdulhadi Hantash du Comité de Défense de la Terre.
Un montage diapos présente leur programme d'amélioration de la vie des agriculteurs qu'ils conduisent depuis 1986. Faut-il rappeler que les conditions et le nombre des agriculteurs ont été fortement affectés par la colonisation des terres ? En 1994 : 24 %, en 1999 : 11 %, en 2004 : 15% de Palestiniens vivent de la terre, alors que le nombre de chômeurs augmente régulièrement de 12,6% a 15,9 % pendant cette période.
Des photos illustrent les différents secteurs qui bénéficient de leur programme. Elles montrent également les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens.
Ayant été interdit d'entrer à Gaza, où se trouve un de leurs sièges, un groupe de Norvégiens du Norvegian Peoples Aid (NPA) est venu nous rencontrer pour nous présenter leur collaboration avec UAWC.
A.Hantash nous a fait une brillante démonstration de la stratégie utilisée par Israël pour mener à bien une occupation quasi totale de la Palestine.
Les Amis palestiniens nous ont reçus chaleureusement autour de jus de fruits, de biscuits et de sandwichs.
Après-midi libre dans le vieil Hébron (parfois sous la pluie) et sous la surveillance de l'armée d’Israël.
Neuf d'entre nous cet après-midi, sont allés à Hébron où un jeune guide nous a promenés. Une magnifique vieille ville, restaurée avec goût avec des fonds allemands et espagnols. mais c'est bien triste ... il y a même une rue séparée en deux dans le sens de la longueur par une barrière, à gauche pour les Israéliens et à droite pour les Palestiniens ...
Des jeunes soldats sur-armés partout même à l'entrée de la mosquée et on s'est même demandé si les Palestiniens avaient le droit d'y entrer.
On a vu aussi une colonie, d'assez près : deux mondes parallèles se côtoient. Les bâtiments de la colonie sont imposants, un peu rigides, austères, neufs, routes spéciales pour les colons, tandis que la 403 d'un Palestinien a pris un chemin de terre. On en ressort l'estomac un peu noué.
Le souk fermé pendant longtemps, revit peu à peu mais beaucoup de rues ont l'air d'une ville fantôme ( boutiques fermées, personne dans les rues... cela contraste avec le souk animé de Jérusalem). Dans certaines rues les colons habitent le haut des immeubles et balancent leurs détritus dans la rue . Des filets ont été installés au dessus de la rue pour récupérer ces cochonnerie et éviter qu'elles tombent sur les passants.
Aujourd’hui comme la terre était trop mouillée on ne pouvait pas cueillir. De plus la pluie a repris vers 11h. Nous sommes allés voir le mur au nord de Hébron à Surif, ce n’est pas un mur en béton, mais une barriere de barbelés, de grillages avec des tas de capteurs, chemin ratissé régulierement pour détecter tout passage, route et encore barbelés.
Il faut aussi savoir que ce mur est entre la Cisjordanie et la Cisjordanie… Des champs d’un côté et des champs confisqués de l’autre. L’agriculteur doit faire des kilomètres pour travailler , quand il a la permission, de l’autre côté. Cela peut lui prendre des heures. Ce mur n’est pas du nord au sud, le long de la frontière, mais de l’ouest à l’est et c’est plus un mur pour séparer la région de Hébron de celle de Jérusalem. Ce n’est donc pas un mur de sécurite mais plutôt de nettoyage ethnique (formule employée par notre ami palestinien).

Ensuite nous sommes allés voir une chaine de production d’huile d’olive et enfin une coopérative de femmes d’agriculteurs travaillant la broderie. Elles nous ont expliqué leurs difficultés pour commercialiser leurs produits, elles sont en déficit actuellement. Y a-t-il un débouché vers le commerce équitable ?
Pause déjeûner.
À 16h, réunion avec la cooperative Al Sanabel, de fabrication de jus de raisin, dont notre ami est le president. Un groupe de Français est venu nous rejoindre : ils sont arrivés avec une heure de retard car il y avait un barrage ponctuel aujourd’hui précisement et sans avertissement préalable, comme c’est souvent le cas ici, entre Hébron et Hal Hul (3 km). Lors de la réunion, les Palestiniens nous présentent leur toute nouvelle production de jus de raisin ; ils ont fait 15.000 bouteilles l’an dernier. Là aussi se posent des problèmes de commercialisation, d’acheminement (à cause des barrages) et parfois de vendanges si les vignobles sont trop près des colonies. Mais ils sont plein d’énergie et d’enthousiasme et ont vraiment envie d’être autonomes très vite et de développer leur production.
Demain nous essaierons de raconter le passage de l’une d’entre nous , étudiante de 20 ans qui a été interrogée pendant huit heures à l’arrivée à l’aéroport de Tel Aviv. Ses deux copains ont été renvoyés en France.
Journée bien triste aujourd’hui. Nous sommes allés vers Bethlehem, là où il y avait une, puis deux colonies avec des terres palestiniennes entre les deux : Betar Illit. Aujourd’hui les deux colonies se sont rejointes et nous voulions aller entre les deux, là où l’agriculteur palestinien a encore des oliviers chargés d’olives et des tomates.

À l’entrée du village de Husan, des marchands palestiniens vendaient aux colons israéliens. Nous avons été stoppés dès l’entrée de la colonie par le gardien accompagné d’abord par un soldat, puis cinq puis dix, puis tout un camion … Dès le début les Palestiniens ont été enregistrés sur une liste. Le chef de la colonie est aussi arrivé. Et les pourparlers difficiles ont eu lieu par téléphone et directement avec les agriculteurs et différents membres de la colonie. Beaucoup de véhicules entraient et sortaient de la colonie et plusieurs colons sont intervenus dans les échanges, parfois avec véhémence. Un peu plus tard, nous avons eu l’autorisation d’aller dans le champ mais à condition d’être accompagnés par des soldats sur-armés. L’agriculteur a refusé d’y aller avec des soldats sur ses propres terres, estimant que la décision d’accéder à son propre champ ne relève que de lui, suppose-t-on. Nouveau blocage.
Entre temps nous avions contacté la presse et Charles Enderlin de France 2 est arrivé avec un cameraman. Il a écouté les deux parties et il a essayé de comprendre la situation. Un colon parlant francais en a profité pour nous filmer en annoncant avec arrogance qu’il tranmettait le document à la sécurité. Charles Enderlin a quand même pu accompagner le propriétaire palestinien sur son champ et ils ont constaté l’abondance des olives, qui n’ont pas pu être récoltées... Les plans de tomates quant à eux avaient été saccagés.
Pendant ce temps trois d’entre nous sont retournées interroger et filmer les colons qui faisaient leur marché chez les Palestiniens au bord de la route. Le blocage ne s’est pas levé et nous avons dû rebrousser chemin. L’agriculteur avait les larmes aux yeux … Compassion d’Enderlin qui l’a salué chaleureusement.
Journée bien triste aujourd’hui, disions nous.
Nous avons décidé de nous rendre dans un village au sud de Bethleem appelé Al Ma'sara qui depuis deux ans résiste à l'occupation rampante de la zone entre les colonies de EFRATA et TEQOA - NOQEDIM. Nous sommes accueillis par le Maire, Mahmoud, qui nous présente la situation : le morcellement de sa commune par la construction d'une route dite de contournement, accompagnée d'une clôture électrifiée qui joindra les trois colonies. Les paysans n'auront plus accès à leurs terres et le village sera asphyxié. Ils craignent à terme d'être expulsés et forcés de rejoindre les réfugiés de Bethlehem, ville déjà surpeuplée. Ils constitueraient ainsi une réserve de main d'oeuvre à bon marché pour les futures zones industrielles de Bethlehem. Tous les vendredis, soit cent-neuf fois depuis deux ans, ils manifestent pacifiquement contre ce projet et réclament l'accès à leurs champs déjà confisqués. Ils sont appuyés par des internationaux et des israéliens, dont ils considèrent la présence très importante.

Al Ma'sara et sa région comprennent 8500 habitants. Les enfants des écoles ont un bon niveau et ils ont 100% de réussite au bac. Ils ont subi de graves traumatismes suite aux incursions des soldats. Un enfant de dix ans a été tué en juillet dernier. Vingt-six personnes sont actuellement emprisonnées.
La stratégie qu'ils développent est de miser sur la résistance non violente de la société civile en travaillant en réseau avec cent dix villages voisins. Al Ma'sara a un partenariat depuis cinq ans avec un groupe AFPS de Savoie.
La manif démarre vers 10h, nous nous dirigeons en cortège vers les terres interdites d'accès. En tête de la manif, des jeunes garcons portent des drapeaux. Nous sommes environ quarante. Très vite nous nous heurtons au barrage de l'armée qui avait déployé deux rouleaux de ces barbelés high tech qui coupent comme des rasoirs. Les enfants tirent sur les barbelés. Nous crions des slogans : THE WALL MUST FALL, WE WANT TO GO TO OUR FIELDS, VIVA PALESTINE … La manif est non violente mais très déterminèe et ponctuée de prises de parole pendant lesquelles le maire et un autre villageois affirment les droits légitimes de la population et sa volonté de toujours résister en réclamant justice. Il rappellent les différentes luttes internationales contre l'oppression.
S'ensuit un long face à face, à vingt centimètres de distance, entre les soldats et les manifestants qui s'adressent à eux dans toutes les langues, exigeant la levée du barrage. Les soldats restent muets. Pendant tout ce temps, nous avons remarqué une extreme vigilance des organisateurs à l'égard des participants et des enfants en particulier.
Juste avant la fin de la manif, une délégation d'Artisans du Monde nous rejoint.
À midi, le Maire nous demande de nous rendre au centre du village pour faire un bilan de l'action.
Après
un rapide pique-nique, nous allons aider à la cueillette des olives
dans l'un des champs encore accessibles avec une famille palestinienne.
Comme nous l’avons indiqué précédemment les cueillettes d’olives soit ont eu lieu plus tôt cette année ou ce qui reste est complètement soumis au contrôle de l’armée ou des colonies, nos amis nous ont préparé un programme alternatif de cueillette d’olives pour aider une famille du côte de Bethlehem dimanche et une visite d’un territoire duquel les Israeliens veulent exclure des Bédouins réfugiés de 1952 au sud d’Hébron, lundi.
Avant d’arriver sur la cueillette, notre ami nous a expliqué et montré la présence d’un tunnel en construction sous le mur vers Bethlehem. Le mur coupant la Cisjordanie de la Cisjordanie, les paysans du village devront utiliser ce tunnel pour aller dans leurs champs. Le village est celui de Husan, puis nous avons récolté des olives : nous étions une trentaine d’internationaux, avec une famille dont les terres en terrasse sont menacées par l’installation de nouvelles colonies dont on voit les bâtiments sortir de terre en face. Puis nous accompagnons une femme dans un autre terrain pour finir la cueillette et nous portons en cortège les olives au moulins de Bat’Hir.
Après-midi libre sur Bethlehem ou Hébron.
Grosse arrivée de Français au camp de base : nous sommes une trentaine à manger le soir.
Après des jours de déception, sans réaliser à chaque fois l'objectif d'atteindre les terres des paysans et ramasser les olives, la nouvelle équipe, renouvelée de moitié, est allée à Dura au Sud Ouest d’Hébron ce matin. Chacun témoigne du durcissement de la situation en général malgré les discours internationaux qui parlent de paix…
Nous avons été accueillis par le représentant de la communauté des communes rurales de Dura. Celle-ci comprend quarante-trois villages ( 50 000 hab) presque exclusivement dépendants de l'agriculture. Cette région n'a pas d'hopital, seulement des dispensaires. Pour les urgences il leur faut être acheminés vers Hébron ou Beer Sheva en Israel.
Trois colonies enserrent cette terre, Otniel, Karmel, Suseya et une zone militaire auprès de laquelle nous avons rejoint nos amis palestiniens. Il n y a pas de mur à proprement parler mais la pression subie par la population n’en est pas moins forte et accentuée encore par la proximité avec Israel. Les colonies ne sont pas en expansion, les terres autour sont généralement accessibles et pourtant le sentiment des populations est celui d’être poussé à partir vivre ailleurs.

Le représentant de la communauté déplore que les aides reçues soient ciblées sur des projets ponctuels sans vision globale de la situation à terme. Cet état de fait nuit également à l’unité des actions ou à la possibilité de les coordonner. Les paysans ne se fédèrent pas non plus en cooperatives. Il regrette que la région du Sud soit oubliée de l'attention internationale. Leur demande reste celle du témoignage et de constituer des échanges de populations a populations par le truchement de jumelage par exemple ou tout autre action à inventer.
La zone militaire aux abords de l’oliveraie où nous avons rammassé les olives était accessible. Depuis 6 h du matin les agriculteurs ont travaillé également à la taille des oliviers. Au moment d'acceder à un autre champ ils découvrent que les olives ont été déjà ramassées, volées donc, dans le panier de la ménagère israelienne….
Nous avons été accueillis par les familles de paysans auprès desquelles nous avons pique-niqué. L'hospitalité était au rendez-vous, thé, jus de fruit, échanges de contacts avec une majorité de femmes de tous les âges.
Nous sommes partis en direction de la ligne verte (la ligne d'armistice de 1948 entre Israël et la Cisjordanie) à l’ouest d’Hébron, dans un village appele Al Kum. Ce village a été bombardé à trois reprises en 1948, 1967 et en 1972 mais chaque fois les maisons ont été reconstruites.
L'animateur rural qui nous recoit explique que les origines du village remontent à 6000 ans. Nous descendons dans des grottes qui ont servi longtemps d’habitations. Aux alentours toutes les installations scandant la vie traditionnelle des villageois sont en activite; un abreuvoir creusé dans la pierre près d’un puit très profond, un four de cuisson à la braise pour le pain, une ferme de dromadaires,…
Ce village d’environ 7000 habitants sur une zone de 12 km sur 6 km s'étend sur une dizaine de collines couvertes d’oliviers dont les champs nous paraissent bien entretenus car accessibles. Cependant un tiers des terres situées de l’autre côté de la barrière sont accessibles uniquement deux jours par mois et 5 jours lors de la cueillette des olives.
Nous cueillons des olives à 200 m de la barrière le premier jour pour aider une femme veuve. Nous approchons de la barrière le long de la ligne de frontière et du portail qui sépare les deux zones. Nous sommes surveillés par un véhicule de l’armée.
De même, mercredi nous sommes intervenus auprès d'une famille qui est restée seule sur une colline située près de cette barrière, les autres familles ayant fuit en Jordanie.
La préoccupation des habitants est de résister pacifiquement par la continuation quotidienne de l'activité agricole ; planter des arbres le long de la barriere, reconstruire à chaque fois les maisons systématiquement détruites, accéder aux champs, …L’animateur nous indique qu'ils évitent ainsi que les Palestiniens s'en aillent et laissent vacantes les terres et les habitations. Ce qui aurait comme conséquence le déplacement de la barrière donc “de la frontière” par les israeliens. Quel autre pays peut se permettre en toute impunité de “ grignoter” la terre de son voisin pour augmenter sa superficie ?
Chacun survit dans ces conditions tant bien que mal, avec le risque de paupérisation et ses problèmes sociaux, déscolarisation… À ce sujet, les villageois ont organisé eux mêmes la scolarisation en bâtissant l'école sans le concours de l'Autorite Palestinienne. Nous retrouvons là les propos du représentant de la communauté de communes rurales de Dura : "le sud de la Cisjordanie est laissé pour compte et ses populations avec"...
Le climat général est celui de l'incertitude ; l'élection d'Obama ne réjouit pas mais est préférée à celle de son antagoniste. Les check point sont toujours présents. L'Autorite Palestinienne a aussi déployé 500 policiers pour assurer des contrôles à Hébron… !
Demain il n'y a pas de cueillette. Nous allons participer à une manifestation unitaire organisée contre le siège du vieil Hébron qui opprime les habitants et empêche tout déplacement, toutes activités économiques ou familiales.
Le droit du travail bafoué pour les travailleurs palestiniens travaillant dans les colonies
Ne pouvant pas aller à la cueillette faute d’olives, nous assistons à une réunion d’ouvriers palestiniens travaillant dans les colonies.
Une association israélienne, ``l’adresse des ouvriers``, a été fondée il y a dix-sept ans pour défendre les ouvriers étrangers travaillant en Israël ; elle s’est donné un nouveau projet en 2005, celui de défendre les travailleurs palestiniens travaillant dans les colonies.
Cette réunion se tient à Salfit au nord de Ramallah, au siège du syndicat des travailleurs de cette région (Palestine Général Fédération of Trade-Unions) et avec sa participation. Nous y apprenons ainsi que les syndicats palestiniens ne peuvent pas intervenir auprès des employeurs israéliens. Jusqu’à ce jour les syndicats palestiniens ignoraient ces travailleurs. Travailler dans les colonies ne leur paraissait pas défendable.
Une dizaine d’ouvriers, trois animateurs de l’association et un avocat palestinien participaient à la réunion. Ce dernier explique le droit du travail applicable dans les colonies ainsi que les actions notamment juridiques menées contre les employeurs. Des entreprises industrielles ont ainsi délocalisé leurs usines d’Israël vers les colonies pour éviter la mise aux normes au niveau hygiène, sécurité, pollution, bénéficier d’une fiscalité avantageuse, trouver une main-d’oeuvre bon marché et appliquer le droit du travail en vigueur en Palestine (à savoir le droit jordanien). En 2003, la Haute Cour Israélienne a décidé que le droit du travail applicable dans les colonies était le droit .jordanien d’avant 67, non actualisé et bien sur moins favorable aux travailleurs.
L’association soutient les ouvriers palestiniens pour que le droit israélien leur soit appliqué puisqu il s’agit d’employeurs israéliens en conformité avec le droit israélien.
Quarante pour cent de ces patrons israéliens, pour éviter les recours juridiques et surexploiter la main-d’oeuvre, ont décidé de ne plus embaucher directement les travailleurs palestiniens mais de passer par des intermédiaires palestiniens, appelés “collaborateurs”. Ce sont des rabatteurs qui perçoivent directement de l’employeur un montant englobant leur commission et le salaire des ouvriers palestiniens recrutés. Dans le cas de l’entreprise de confection Royal Night, les employés non qualifies perçoivent 9 NIS, les femmes 6 NIS, alors que les collaborateurs perçoivent 18 NIS et que le SMIC horaire israélien est de 22 NIS.
Dans les entreprises sans “collaborateurs” les patrons payent mieux sans toutefois appliquer le SMIC ni le droit du travail.
Sur 30 000 ouvriers dans les colonies, 10 000 sont sans autorisation de travail.
Des interventions des ouvriers ressortent les idées suivantes :
Une pression permanente est exercée par les collaborateurs pour que les ouvriers ne revendiquent pas de hausse de salaire et de meilleures conditions de travail ;
Des conditions de travail particulièrement difficiles du fait d’usines très polluantes ;
Une grande crainte de perdre leur autorisation de travail délivrée par le ministère du travail israélien ou de ne pas retrouver du travail ;
Les collaborateurs sont en lien étroit avec les employeurs et les services de sécurité, ils sont parfois armés ;
Les ouvriers sont très mal informés à propos de leur véritable employeur, ils pensent que leur employeur est le collaborateur. Ils le connaissent souvent, et se sentent redevables de leur avoir trouvé du travail ;
Certains ouvriers sont payés à la pièce, toutes les heures ne sont pas comptabilisées, ils n'ont pas de feuille de salaire ;
Les collaborateurs sont organisés entre eux, et se renseignent sur les recrutements.
Dans un 2ème temps, l’association et les syndicats ont présenté leurs actions :
ils encouragent et accompagnent les actions juridiques individuelles et surtout collectives contre les employeurs. Environ 30 procès sont intentés par mois et pour 4 d’entre eux les plaintes collectives n’empêchent pas les salaries de continuer à travailler dans la même entreprise.
En 2007, 307 procès se sont déroulés dont 187 gagnés ;
Ils encouragent la constitution d’un dossier : feuilles de pointage des heures, copie des chèques ;
Informer les travailleurs que le responsable de leur situation est l’employeur et non le collaborateur ;
Démasquer cette politique en informant les clients européens de ces pratiques.
Ces travailleurs sont durement touchés par l’occupation.
Il s’agit d’une situation qui n existe nulle part ailleurs dans le monde.
Nous constatons avec cette situation qu’Israël s’affranchit de tous les droits, que ce soit le droit international avec le développement des colonies, des droits de l’homme et ici du droit du travail.
Du
côté de la société palestinienne, nous avons senti que ces
travailleurs ont été considérés quasiment comme des traîtres. Le
récent soutien des syndicats palestiniens au travail de cette
association ne prend pas encore toute la mesure de la situation.
Ils
nous ont demande de témoigner en Europe.
Nous avons à relayer cette demande a travers les syndicats et
associations françaises.
Visite à Beit Ummar.
Nous sommes reçus à la mairie par le maire en poste depuis janvier 2008, avec une équipe municipale composée de huit membres du Fatah et cinq élus de Gauche. Il a fait une période de captivité dans les geôles israéliennes.
C’est une région de production fruitière, encerclée par huit colonies au nord et une au sud. Trente pour cent de la surface de la commune ont été volées par les Israéliens pour ces colonies, les routes pour les desservir et le mur.

De nombreux groupes anticolonialistes israéliens soutiennent les droits des paysans. Le Comité Palestine Israël Méditerranée du pays de Châteaubriant va les aider à financer l’achat d’un bulldozer.
La production agricole est grandement entravée par l’occupation avec de nombreuses destructions de cultures et arbres fruitiers, de canalisations, de réseaux électriques aussi bien par les colons que par l’armée. Une solution est la transformation des fruits. C’est une résistance à Israël dont le but est de faire partir les Palestiniens.
Nous partons ensuite pour une visite près d’une colonie au sud de la commune où nous nous sommes approchés de la barrière qui la sépare des terres des villageois. Un colon en armes est venu nous faire face et nous demander de dégager, ce que nous avons fait alors qu'un véhicule de l’armée s’approchait sur la route longeant la clôture. Nous avons repris notre route en car accompagnés des Palestiniens, sur les chemins faits pour accéder aux terres. Un véhicule militaire blindé léger, probablement le même que celui qui était précédemment de l'autre côté de la barrière, nous a rattrapés, nous a doublés par la droite et s'est mis en travers nous bloquant. Il nous ont fait descendre, nous ont pris les passeports pour contrôle. Après 20 minutes d'attente, un second véhicule militaire est arrivé par l’arrière du car. Peu de temps après nous sommes relâchés et continuons notre visite sans encombre.
Nous nous arrêtons devant un grand verger clôturé, c’est une surface volée il y a quinze ans par la colonie de Gush Etzion, une des plus anciennes colonies datant d’avant 1947, et plantée de fruitiers. La largeur entre les rangs est environ de sept mètres, ce qui est beaucoup plus que ce que pratiquent les Palestiniens. Tout est irrigué sur cette hauteur. Quel contraste avec le verger palestinien de l’autre coté du chemin!
L’accueil est toujours touchant, notre guide nous invite chez lui pour prendre le thé et il a même partagé le repas qui était certainement destiné à sa famille.
Notre fin de journée a été mise à profit pour visiter le centre de Hébron. Une vieille ville enlaidie par l’occupation israélienne. Les grillages chargés d’immondices au-dessus de nos têtes, les passages interdits gardés par des soldats, les barrières avec des contrôles, les nombreux commerces fermés, les anciennes fabriques de poteries détruites, tout n’est que désolation. A l’un de ces contrôles nous sommes retenus trente minutes "pour notre sécurité" bien sûr. Un commerçant d’une boutique proche qui vient nous saluer est importuné par un soldat qui veut l’arrêter. Il sera finalement laissé libre et nous pourrons aussi repartir. Nous avons eu la visite pendant notre maintien de deux membres de TIPH (Temporary International Presence in Hebron : la tâche officielle du TIPH, composé principalement d'observateurs originaires du Danemark et de Norvège, est de surveiller et reporter les incidents survenant de chaque côté du conflit. Le TIPH n'est pas autorisé à intervenir directement dans les incidents et n'a pas une fonction militaire ou de police).